"Quand les écrivains redécouvrent le monde"

 
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Venu en france grâce à une bourse d’études, il est devenu écrivain. Son dernier ouvrage, Madagascar 1947, marque les soixante ans de l’insurrection du peuple malgache.

RAHARIMANANA Jean-Luc

Madagascar

publié le 22 mars 2007.
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Jean-Luc RAHARIMANANA

Né en 1967 à Antananarivo, licencié ès lettres en 1989, Jean-Luc Raharimanana travaille la même année avec la troupe de théâtre de Christiane Ramanantsoa, à l’Alliance française, à la mise en scène de sa pièce Le Prophète et le Président. Cependant, suite aux pressions exercées tout d’abord par le ministère de la Culture sur la troupe, ensuite par l’État malgache, l’Alliance française, craignant un « incident diplomatique », interdit toute représentation. Deux mois plus tard, Raharimanana obtient le prix de la meilleure nouvelle de Radio France Internationale (RFI) et accepte la bourse d’études qui lui permet de partir en France. La pièce, par la suite, sera reprise à Limoges et à Avignon, et mise en scène par Vincent Mambatchaka. Elle tournera pendant trois ans en Afrique, en France, au Canada et en Belgique.

À son arrivée à Paris, il poursuit ses études tout d’abord à la Sorbonne, puis à l’INALCO (Institut national des langues et civilisations orientales) où il obtient un DEA en littératures et civilisations dont le sujet porte sur les contes malgaches. Journaliste pigiste à RFI, il travaille sur un nouveau projet de pièce de théâtre, prévoyant, entre autres, la création d’une école de théâtre à Madagascar et un programme de représentations échelonnées sur trois ans à travers le monde.

Il se tourne par la suite vers le professorat, enseigne le français et collabore à de multiples manifestations littéraires (notamment aux États-Unis, en France, en Italie, au Rwanda et à Madagascar), pédagogiques et journalistiques, qui révèlent toute la dimension du rôle de l’écrivain engagé. En 2002, Jean-Luc Raharimanana quitte son métier d’enseignant pour défendre son père, professeur d’histoire à l’université d’Antananarivo, arrêté puis torturé par les autorités malgaches suite à une émission radiophonique sur l’histoire de Madagascar. Après cette affaire, Raharimanana ressent d’autant plus la nécessité absolue de consacrer tout son temps à l’écriture, à la recherche et à la restitution de cette mémoire trahie par des récits où « se confondent mythe et réalité ». Il a publié jusqu’à ce jour des nouvelles (Lucarne, Rêves sous le linceul), une pièce de théâtre (Le Puits), et un roman, Nour,1947. Sa dernière publication, Madagascar 1947, marque les soixante ans de l’insurrection du peuple malgache.

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Bibliographie :

- Madagascar 1947 (Vents d’ailleurs, 2007)
- L’arbre anthropophage (Gallimard, 2004)
- Le Bateau ivre : Histoires en Terre Malgache (Images en Manœuvres, 2004 – Photographies de Pascal Grimaud)
- Nour,1947 (Le Serpent à Plumes, 2001)
- Lucarne (Le Serpent à Plumes, 1996)
- Rêves sous le linceul (Le Serpent à Plumes, 1998)
- Le Puits (in Brèves d’ailleurs, Actes Sud-Papiers, 1997)


Résumé de Madagascar 1947 :

« Trop loin, une île. Trop loin, une année, 1947. La terre rouge de l’île. Pour commencer, on dira que les faits ont réellement existé, que les sagaies ont volé, que les balles ont sifflé, que les cadavres ont jonché la terre. Rire. Des rires en masque de douleur. Des rires sur l’absurdité de ces lignes cherchant à comprendre pourquoi je devrais me justifier pour revendiquer ma mémoire. Trop loin mon île. Trop loin cette année, 1947. […] Ma mémoire demande des comptes à la “mère” patrie…
De quoi parlons-nous en fait ? De 1947, mars 1947 et de tout ce qui s’ensuivit. Insurrection contre la colonisation française. L’oppression pendant près de deux ans. Je parlais comme d’une évidence : le chiffre même de 47 sonne douloureux sur la Grande Île, la fin d’un monde, la perte et la défaite, le silence lourd d’une période qui n’en finit pas de nous ronger, de nous hanter… »

Un document remarquable ! Le témoignage d’un écrivain engagé et des photos du Fonds Charles Ravoajanahary montrant Madagascar de la fin du xixe siècle jusqu’en 1947 nous interrogent sur les rapports entre colonisés et colonisateur, entre pouvoir actuel et passé, sur le silence de part et d’autre, sur l’écriture de l’histoire par le Nord et la nécessité d’interroger cette histoire par le Sud...

 
 
 
 
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